Comment fixer le prix de ses œuvres ?
Comment construire une grille cohérente, choisir ses premiers prix et les faire évoluer avec son marché.
John Beckley · 20 min de lecture ·
Sommaire
- Prix d’une œuvre : pourquoi aucune formule ne suffit
- Pourquoi construire une grille de prix pour ses tableaux ?
- Méthode du point ou prix à la surface ?
- Calibration Khroma 2026 : nos repères de prix pour les artistes peintres
- Comment vos ventes doivent faire évoluer vos prix
- Quand et comment augmenter le prix de ses œuvres ?
- Une grille n’est pas une prison
- Les commissions peuvent complètement changer l’équation
- Comment fixer concrètement le prix de votre prochain tableau ?
- Le calculateur de prix Khroma
- Ce qu’il faut retenir
- Questions fréquentes
- Sources et méthodologie

Combien vaut mon tableau ?
C’est l’une des premières questions que je me suis posées lorsque j’ai commencé à vendre mes peintures. Et à l’époque, je n’avais absolument aucune idée de la réponse.
Alors j’ai fait ce qui me semblait le plus logique : j’ai demandé à d’autres artistes comment ils fixaient leurs prix. Je pensais que ce serait le meilleur moyen d’obtenir quelques repères auprès de personnes qui étaient déjà passées par là.
Mais les réponses ont été… disons, plutôt rares.
Peut-être parce que le sujet était considéré comme trop personnel, peut-être parce que chacun avait simplement sa propre manière de faire.
Toujours est-il que je me suis retrouvé avec ma question de départ. Et j’ai fini par inventer ma propre formule.
Plus de vingt ans et plusieurs milliers d’œuvres vendues plus tard, j’utilise toujours une grille de prix. Mais j’ai surtout compris quelque chose que j’ignorais complètement à mes débuts : une formule ne vous dira jamais ce que vaut votre art.
Elle peut en revanche vous aider à construire quelque chose de très utile : des prix cohérents.
Et dès que vous commencez réellement à vendre, une autre information devient progressivement beaucoup plus intéressante que toutes les formules du monde : votre propre marché.
C’est ce que nous allons essayer de comprendre dans ce guide.
Je parlerai principalement de peinture, simplement parce que c’est mon domaine et que les méthodes de calcul présentées ici sont surtout adaptées aux peintres. Mais une grande partie des principes — cohérence des prix, historique de ventes, demande, commissions — reste valable bien au-delà de la peinture.
Prix d’une œuvre : pourquoi aucune formule ne suffit
Lorsqu’on cherche comment fixer le prix d’une œuvre, on tombe assez vite sur des formules.
L’une des plus courantes consiste à additionner le prix des matériaux au nombre d’heures de travail multiplié par un tarif horaire.
Sur le papier, cela semble logique. Et ce calcul peut effectivement être utile pour savoir ce que vous coûte votre travail et vérifier que vous ne vendez pas à perte.
Mais pour fixer le prix d’une œuvre d’art, il manque une bonne partie de l’équation.
Deux artistes peuvent peindre deux tableaux de mêmes dimensions, utiliser les mêmes matériaux et y consacrer à peu près le même temps sans pour autant pouvoir les vendre au même prix.
Le parcours de l’artiste compte. Son historique de ventes aussi. Sa visibilité, les expositions auxquelles il a participé, les galeries avec lesquelles il travaille éventuellement, le nombre de collectionneurs qui suivent son travail et, plus simplement, la demande qu’il a réussi à créer autour de ses œuvres.
Même le temps passé sur une peinture est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.
Je travaille personnellement assez vite. Si je termine en quatre heures un tableau que je considère comme l’un de mes meilleurs travaux, je ne vois aucune raison pour qu’il vaille cinq fois moins qu’une peinture qui m’aurait demandé vingt heures.
Et l’inverse est tout aussi vrai : passer énormément de temps sur une œuvre ne garantit pas qu’elle trouvera un acheteur à un prix élevé.
Le temps de travail a donc évidemment une réalité économique. Mais il ne suffit pas, à lui seul, à déterminer le prix d’une œuvre.
C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans les recommandations professionnelles de la New York Foundation for the Arts (NYFA) : plutôt que de chercher une formule universelle, il est conseillé d’observer des artistes comparables par leur médium, leurs formats, leur travail et surtout leur stade de carrière.
Autrement dit, la question n’est pas seulement :
« Combien m’a coûté ce tableau ? »
Il faut aussi se demander :
« Où se situe aujourd’hui mon travail sur son marché ? »
Et pour commencer à répondre à cette question sans réinventer un prix devant chaque nouvelle toile, une grille devient très utile.
Pourquoi construire une grille de prix pour ses tableaux ?
Imaginons que vous proposiez trois tableaux appartenant à la même série :
un 50 × 50 cm à 900 € ;
un 60 × 60 cm à 750 € ;
un 80 × 80 cm à 2 400 €.
Peut-être avez-vous une excellente raison pour chacun de ces prix.
Le problème, c’est que la personne qui découvre votre travail ne la connaît pas forcément. Pour elle, l’ensemble risque surtout de sembler assez difficile à comprendre.
C’est là que la grille devient intéressante.
Elle permet d’établir une relation logique entre vos différents formats et, accessoirement, elle vous évite de vous retrouver devant chaque nouvelle peinture à vous demander :
« Bon… combien est-ce que je mets celle-ci ? »
Cette recherche de cohérence n’est d’ailleurs pas seulement une préférence personnelle. University of the Arts London (UAL) recommande de construire une structure rationnelle selon la taille, le médium et éventuellement l’édition, puis de la maintenir dans le temps.
Quand j’ai commencé, je ne connaissais évidemment rien de tout cela.
J’ai donc créé ma propre formule à partir de la surface du tableau :
largeur × hauteur × coefficient
Les dimensions sont exprimées en centimètres.
Cette formule, je l’utilise depuis le début. Ce qui a changé au fil des années, c’est simplement la valeur du coefficient.
Aujourd’hui, j’utilise 0,17.
Un tableau de 80 × 80 cm donne donc :
80 × 80 × 0,17 = 1 088 €
Et pour un 100 × 100 cm :
100 × 100 × 0,17 = 1 700 €

À mes débuts, le coefficient était bien plus bas. Je l’ai augmenté progressivement à mesure que mes prix évoluaient.
Je ne raconte donc pas cela pour vous conseiller d’utiliser 0,17. Ce qui m’intéresse dans cette formule est ailleurs : elle me donne un point de référence.
Deux tableaux comparables de même format vont rester dans la même gamme de prix. Un grand tableau coûtera normalement davantage qu’un petit. Et je n’ai pas besoin de recommencer toute ma réflexion à zéro à chaque fois que je termine une œuvre.
C’est exactement ce qu’une grille est censée faire.
Elle n’est pas là pour mesurer votre talent. Elle est là pour organiser vos prix.
Méthode du point ou prix à la surface ?
Pour un peintre, il existe plusieurs manières d’obtenir cette cohérence. Deux méthodes sont particulièrement simples à comprendre.
La méthode du point
En France, les formats traditionnels de châssis possèdent des numéros : 6, 8, 10, 20, 30, 50, etc.
La méthode du point consiste simplement à attribuer une valeur à ce numéro.
La formule devient :
prix = numéro du format × valeur du point
Si votre point vaut 30 €, un format 20 donnera donc :
20 × 30 € = 600 €
Jusque-là, rien de très compliqué.
Le problème arrive juste après :
pourquoi 30 € ?
Pourquoi pas 15 € ? 50 € ? 100 € ?
Et c’est précisément là que les méthodes de calcul deviennent souvent beaucoup moins utiles.
Il n’existe pas de barème officiel qui permettrait de dire qu’un artiste ayant cinq années de carrière vaut automatiquement tant d’euros par point. La valeur du point n’est pas une cote réglementée.
C’est surtout une convention pratique qui permet de maintenir une progression entre les formats.
Le prix à la surface
On peut également se passer complètement des formats traditionnels et calculer directement à partir des dimensions.
C’est ce que je fais avec ma propre formule.
Aux États-Unis, on rencontre fréquemment la même logique avec le prix au square inch :
largeur × hauteur en pouces × tarif par pouce carré
Prenons un tableau de 16 × 20 pouces.
Sa surface est de 320 pouces carrés. Avec un tarif de 2 $ par square inch :
320 × 2 $ = 640 $
La logique est différente dans la forme, mais pas vraiment dans le fond.
Que vous utilisiez un point à 30 €, un tarif de 2 $ par pouce carré ou mon coefficient personnel de 0,17, vous vous retrouvez toujours devant la même question :
comment avez-vous choisi ce chiffre ?
C’est justement la question qui nous a demandé le plus de travail lorsque nous avons créé le calculateur de prix Khroma.
Calibration Khroma 2026 : nos repères de prix pour les artistes peintres
Lorsque nous avons commencé à travailler sur le calculateur Khroma, nous avons rapidement constaté quelque chose d’assez frustrant.
On trouve énormément de conseils sur Internet pour fixer le prix d’un tableau. On trouve aussi beaucoup de chiffres. Mais lorsqu’on cherche à comprendre précisément d’où viennent ces chiffres, les choses deviennent souvent beaucoup plus floues.
Nous avons donc décidé de faire notre propre recherche.
L’objectif n’était pas de créer une « cote Khroma » ni de prétendre pouvoir déterminer la valeur d’un artiste avec un questionnaire.
Nous voulions répondre à une question beaucoup plus modeste, mais aussi beaucoup plus utile :
quel prix de départ raisonnable peut-on proposer à un artiste qui ne possède pas encore suffisamment d’historique de ventes pour construire sa propre grille ?
Ce que nous avons observé
Nous n’avons volontairement pas calculé une simple moyenne de tous les tableaux proposés sur Internet.
Cela aurait été très facile.
Et probablement assez inutile.
Sur le Web, un même format peut être proposé quelques dizaines d’euros par une personne qui peint occasionnellement, plusieurs centaines d’euros par un artiste professionnel et plusieurs milliers par un artiste possédant déjà un marché bien établi.
Mettre tout cela dans le même panier aurait surtout produit une moyenne qui ne correspond à presque personne.
Nous avons donc séparé plusieurs environnements :
les marchés très ouverts et la vente directe ;
les salons et événements artistiques avec sélection ;
les plateformes et galeries plus sélectionnées ;
différents niveaux de carrière et de demande visibles chez les artistes observés.
Parmi les marchés étudiés figuraient notamment Etsy, Artsper, Rise Art/KAZoART et Singulart, ainsi que des salons et des galeries.
Nous avons ensuite comparé les formats, les techniques, le parcours visible des artistes et les prix affichés.
Une limite importante
Il faut immédiatement préciser ce que cette recherche mesure — et ce qu’elle ne mesure pas.
Les prix accessibles publiquement sont principalement des prix demandés.
Ce ne sont pas nécessairement les prix auxquels les œuvres sont finalement vendues. Sur certaines plateformes, une négociation est même explicitement possible.
La calibration Khroma cherche donc à fournir des repères pour un prix de mise en vente.
Elle ne constitue ni une étude du marché secondaire, ni une estimation de revente, ni une cote officielle.
Pourquoi le « prix moyen d’un tableau » ne veut pas dire grand-chose
Les écarts observés sont considérables.
Lors de notre calibration, on pouvait trouver de petits originaux à quelques dizaines d’euros sur des marchés très ouverts, alors que des dimensions comparables étaient proposées plusieurs centaines d’euros dans des environnements plus sélectionnés.
Prenons un exemple concret avec le 20F français, soit 73 × 60 cm.
Au cours de nos relevés, nous avons trouvé sur Artsper des œuvres de ce format autour de 1 200 €, 1 400 € et 4 300 €.
À 20 points, cela correspond à environ :
60 €/point pour une œuvre à 1 200 € ;
70 €/point pour une œuvre à 1 400 € ;
215 €/point pour une œuvre à 4 300 €.
À l’autre extrémité du marché, l’édition 2026 du Salon du Petit Format de la Villa Frouin prévoit un prix unique de 90 € par œuvre pour les travaux sélectionnés.
Tous ces prix existent réellement.
Ils ne sont pas pour autant contradictoires.
Ils correspondent simplement à des artistes, des œuvres et des marchés différents.
C’est pour cette raison que je me méfierais beaucoup d’une question comme :
« Quel est le prix moyen d’un tableau de cette taille ? »
La question beaucoup plus utile est :
« À quel endroit de ce marché mon travail se situe-t-il aujourd’hui ? »
Les fourchettes retenues par Khroma
Après avoir croisé ces différents niveaux de marché avec des recommandations professionnelles et des comparables, nous avons retenu les fourchettes suivantes pour la méthode du point en France.
L’huile sert ici de technique de référence.
Situation de l’artisteValeur du point indicative | |
Débutant complet | 12–20 € |
Premières ventes | 18–28 € |
Artiste émergent structuré | 25–40 € |
Artiste installé | 40–65 € |
Artiste confirmé | 60–100 € |
Il faut vraiment lire ce tableau comme un repère de départ, pas comme une cote.
Les fourchettes se chevauchent volontairement parce que la réalité ne se découpe évidemment pas en cinq cases parfaitement étanches.
Un artiste peut peindre depuis dix ans et n’avoir quasiment jamais vendu.
Un autre peut travailler depuis beaucoup moins longtemps mais déjà avoir participé à plusieurs expositions, réalisé des ventes régulières et commencé à construire un véritable groupe de collectionneurs.
Je trouve donc beaucoup plus intéressant de regarder ce qui s’est réellement passé pendant ces années que de compter simplement leur nombre.
Et la technique ?
Nous avons également essayé de mesurer l’effet du médium.
Avec l’huile comme référence à 1,00, les coefficients initiaux retenus pour le calculateur français sont les suivants :
TechniqueCoefficient de départ | |
Huile sur toile | 1,00 |
Acrylique sur toile | 0,90 |
Pastel sec | 0,75 |
Aquarelle sur papier | 0,65 |
Dessin | 0,60 |
Là encore, je déconseille de transformer ces chiffres en règles absolues.
L’un des constats intéressants de notre recherche est justement que l’écart entre huile et acrylique est relativement faible dans une partie du marché contemporain.
On trouve des acryliques proposées à des niveaux parfaitement comparables à ceux de peintures à l’huile.
Le marché semble donc souvent accorder davantage d’importance à l’artiste, à son parcours et à la demande pour son travail qu’au simple fait qu’il ait choisi l’huile ou l’acrylique.
Les œuvres sur papier conservent en revanche un positionnement généralement différent, même si un aquarelliste ou un pastelliste dont le marché est déjà établi peut évidemment dépasser très largement ces coefficients génériques.
Ces chiffres sont faits pour aider lorsque l’on manque encore de meilleures informations. Ils ne sont pas destinés à remplacer ces informations lorsqu’elles existent.
En pratique : quel repère utiliser ?
On peut résumer assez simplement la logique :
Vous n’avez encore jamais vendu
→ utilisez une grille de départ et des artistes comparables.
Vous avez déjà réalisé quelques ventes
→ votre historique commence à compter davantage.
Vous vendez régulièrement
→ votre propre marché devient votre principal repère.
La demande dépasse ce que vous pouvez produire
→ il peut être temps d’envisager une augmentation progressive.
Et finalement, c’est peut-être le principe le plus important de tout ce guide :
plus vous disposez d’un historique de ventes solide, moins une formule générique devrait décider à votre place.
Comment vos ventes doivent faire évoluer vos prix
Lorsque vous débutez, vous ne savez pas encore ce que des acheteurs sont réellement prêts à payer pour votre travail.
Vous êtes donc obligé de regarder autour de vous.
Vous utilisez des comparables, des fourchettes de marché, votre parcours, votre technique… bref, tout ce qui peut vous aider à éviter de choisir un chiffre complètement au hasard.
Mais dès que les premières ventes arrivent, la situation commence à changer.
Imaginons que vous vendiez trois ou quatre tableaux similaires autour de 500 €.
Ce chiffre commence à devenir intéressant.
Il ne prouve pas que toutes vos futures œuvres valent exactement 500 €. Mais vous savez désormais qu’à plusieurs reprises, quelqu’un a accepté de payer ce niveau de prix pour votre travail.
C’est déjà beaucoup plus concret qu’une recommandation générale trouvée sur Internet.
Supposons maintenant, quelques années plus tard, que vous ayez vendu vingt tableaux comparables entre 900 et 1 100 €.
À ce stade, si une grille générique vous explique que ce type d’œuvre devrait être proposé à 600 €, je ne vois pas beaucoup de raisons de l’écouter.
Vous avez quelque chose de mieux :
votre propre historique.
La NYFA recommande elle aussi de prendre les ventes déjà réalisées en compte lorsque ces données existent et de faire évoluer les prix progressivement à partir de signaux réels.
Et lorsque la demande dépasse ce que vous pouvez produire ?
C’est encore une autre situation.
Si vos nouvelles œuvres partent systématiquement très rapidement, que des collectionneurs attendent les prochaines ou que vous commencez simplement à avoir plus d’acheteurs potentiels que de tableaux disponibles, votre marché vous envoie un signal supplémentaire.
Vous savez déjà que vos prix fonctionnent.
La question devient alors plutôt de savoir s’ils ne sont pas devenus trop bas par rapport à la demande.
C’est l’un des moments où une augmentation progressive peut devenir tout à fait logique.
Quand et comment augmenter le prix de ses œuvres ?
Mes propres prix ont évolué un peu de cette façon, même si je ne réfléchissais évidemment pas en termes de « signaux de marché » lorsque j’ai commencé.
Mes premières œuvres se vendaient autour de 100 €.
Puis les prix sont montés assez rapidement autour de 300 ou 400 €, avec parfois des enchères qui allaient plus haut.
Je n’ai jamais eu un matin une illumination du genre :
« J’ai vendu vingt tableaux, demain j’augmente tout de 10 %. »
Cela s’est fait beaucoup plus naturellement.
Mon travail évoluait, les ventes continuaient, mon expérience augmentait et, à certains moments, il me semblait simplement logique de relever un peu mon coefficient.
University of the Arts London recommande d’ailleurs une approche assez proche : faire évoluer les prix à partir de choses réellement observables — ventes, exposition, évolution de la demande — plutôt que parce qu’une année supplémentaire vient de passer.
Parmi les signaux qui peuvent vous amener à réfléchir à une augmentation, je regarderais donc surtout :
la régularité des ventes ;
la vitesse à laquelle certaines œuvres partent ;
le retour d’acheteurs existants ;
la progression de votre visibilité ;
l’évolution de votre représentation ;
une demande devenue supérieure à ce que vous pouvez produire.
À l’inverse, si rien ne se vend, le prix mérite évidemment d’être regardé.
Mais je me garderais bien d’en conclure automatiquement qu’il faut le baisser.
Si personne ne voit vos œuvres, diviser leur prix par deux ne changera pas grand-chose.
Le problème peut venir de votre visibilité, des photographies, du public auquel vous vous adressez, du canal de vente ou simplement de la manière dont vous présentez votre travail.
Le prix compte beaucoup. Mais il n’explique pas tout.
Une grille n’est pas une prison
Il y a tout de même une limite à toute cette recherche de cohérence.
Deux œuvres de mêmes dimensions ne sont pas toujours réellement comparables.
Je réalise par exemple, de temps en temps, des portraits réalistes à l’huile. Je fais ça simplement parce que j’aime parfois revenir à ce type de peinture.
Le processus n’a alors pratiquement rien à voir avec ma production habituelle. Il peut m’arriver de travailler une quinzaine de jours sur un portrait.
Dans ce cas, je ne vais évidemment pas me sentir obligé de vendre cette œuvre exactement au même prix qu’un tableau de même format réalisé dans des conditions totalement différentes.
Je vais probablement la vendre nettement plus cher.
Cela ne signifie pas que je me mets soudainement à facturer mes heures de travail.
C’est simplement une œuvre qui sort de ma production habituelle et pour laquelle ma grille normale ne constitue plus un comparable pertinent.
Et c’est, je pense, une bonne manière de voir les choses :
une grille sert à comparer ce qui est comparable.
Une pièce exceptionnellement complexe, une œuvre majeure, un procédé particulier ou quelque chose qui sort réellement du reste de votre production peuvent parfaitement justifier un écart de prix.
Il faut simplement éviter de transformer chaque œuvre en exception.
Sinon, on revient exactement au problème que la grille était censée résoudre.
Les commissions peuvent complètement changer l’équation
Il reste une chose dont on ne parle pas toujours suffisamment lorsqu’on fixe ses premiers prix.
Le prix affiché sous l’œuvre n’est pas ce qui vous reste à la fin.
Une peinture vendue 1 000 € ne vous rapporte pas nécessairement 1 000 €.
Selon la manière dont vous vendez, il faudra éventuellement retirer les matériaux, l’encadrement, les frais de paiement, l’emballage, certains frais de transport, les cotisations, la fiscalité et bien sûr la commission d’un intermédiaire.
Et cette dernière peut être très importante.
La New York Foundation for the Arts indique qu’une galerie prélève couramment entre 40 et 60 % du prix de vente.
La College Art Association cite de son côté une commission typique d’environ 50 %, tout en précisant que celle-ci peut varier selon les situations et les services fournis.
En France, le Centre national des arts plastiques (CNAP) rappelle que l’artiste et le galeriste s’entendent librement sur la répartition du produit de la vente.
Prenons un exemple très simple.
Votre tableau est affiché à 600 €.
Si un intermédiaire prend 30 %, il vous reste :
420 € avant vos autres coûts et charges.
Avec une commission de 50 % :
300 €.
Ce calcul n’a rien de passionnant, mais il vaut mieux le faire avant d’accepter une collaboration qu’après la première vente.
Faut-il alors augmenter ses prix selon l’endroit où l’on vend ?
C’est tentant.
Vous pourriez vendre le même tableau 600 € sur votre site, 850 € sur une marketplace et 1 200 € dans une galerie afin de toucher à peu près la même chose partout.
Personnellement, je n’aime pas beaucoup cette logique.
Du point de vue de l’acheteur, cela revient à donner plusieurs valeurs différentes à exactement la même œuvre.
Et s’il découvre qu’il peut acheter directement chez vous une peinture beaucoup moins cher que dans la galerie qui essaie justement de développer votre marché, la situation devient difficilement tenable.
La NYFA recommande d’ailleurs de conserver une cohérence de prix entre les différents endroits où le travail est présenté.
Je préfère donc raisonner à partir d’un prix public cohérent, puis regarder ce que chaque canal m’apporte en échange de sa commission.
Une galerie qui conserve une commission importante mais organise des expositions, présente votre travail à des collectionneurs, communique, conseille ses clients et réalise réellement des ventes peut parfaitement vous apporter beaucoup de valeur.
À l’inverse, une commission plus faible n’est pas forcément plus intéressante si le canal ne vous apporte ni visibilité ni acheteurs.
Le pourcentage compte, bien sûr.
Mais ce que vous recevez en échange compte tout autant.
Comment fixer concrètement le prix de votre prochain tableau ?
Si je devais aujourd’hui repartir de zéro, je ne passerais pas des semaines à chercher le prix parfait.
Je commencerais par choisir une méthode simple : le point, la surface ou une autre grille adaptée à mon travail.
Ensuite, je chercherais quelques artistes réellement comparables. Pas l’œuvre la moins chère trouvée sur Internet, et pas non plus un artiste représenté depuis trente ans par de grandes galeries. Simplement des artistes dont le médium, les dimensions, le parcours et le marché ressemblent raisonnablement au mien.
À partir de là, je choisirais un premier coefficient et je construirais plusieurs formats d’un coup.
C’est important : ne calculez pas uniquement le prix du tableau que vous venez de terminer.
Calculez-en cinq, dix ou quinze.
Vous verrez immédiatement si votre système fonctionne encore lorsque les dimensions changent.
Je testerais ensuite cette grille avec différents niveaux de commission. Par exemple 0 %, 30 % et 50 %.
Et une fois tout cela fait…
je commencerais à vendre.
Parce qu’on peut étudier pendant six mois les prix des autres artistes, construire des tableaux Excel extrêmement sophistiqués et ajuster son coefficient au centime près : tant que personne n’a acheté, une partie du raisonnement reste théorique.
La première vente apporte une information.
La deuxième en apporte une autre.
Puis les choses commencent progressivement à devenir plus claires.
Le calculateur de prix Khroma
Nous avons créé le calculateur de prix Khroma pour aider les peintres dans cette première phase, celle où l’on manque encore de repères personnels.

La version française utilise la méthode du point. Elle prend en compte la technique, le profil de l’artiste et, lorsqu’il en possède déjà, son historique de ventes.
La version destinée au marché américain fonctionne différemment et utilise une tarification par square inch, plus adaptée aux formats et habitudes locales.
Les fourchettes utilisées par le calculateur proviennent directement de la calibration présentée dans ce guide.
Son but n’est donc pas de répondre à :
« Combien vaut mon art ? »
Je ne pense pas qu’un calculateur soit capable de répondre sérieusement à cette question.
Nous essayons plutôt de répondre à quelque chose de beaucoup plus utile :
« À quel niveau puis-je raisonnablement commencer à construire ma grille de prix ? »
Si vous n’avez encore jamais vendu, le calculateur peut vous donner un premier repère.
Si vous commencez à vendre, votre historique doit progressivement entrer dans l’équation.
Et si vous vendez déjà régulièrement depuis plusieurs années et connaissez parfaitement votre marché, vous avez probablement moins besoin de notre calculateur.
C’est normal.
Il aura simplement rempli son rôle.
Essayer le calculateur de prix Khroma
Ce qu’il faut retenir
Lorsque j’ai commencé à peindre, je cherchais surtout une formule qui me donnerait la bonne réponse.
Avec le recul, je pense que je posais mal la question.
Une formule ne sait pas combien vaut votre travail.
Ce qu’elle peut faire, en revanche, c’est vous aider à ne pas fixer vos prix complètement au hasard.
Vous construisez d’abord une grille.
Vous la confrontez ensuite au marché.
Puis, petit à petit, vos propres ventes commencent à remplacer les hypothèses par des informations réelles.
Et vos prix évoluent avec elles.
Un bon prix n’est donc pas un chiffre que l’on découvre une fois pour toutes. C’est quelque chose que l’on construit, que l’on teste et que l’on ajuste avec le temps.
Questions fréquentes
Existe-t-il une valeur officielle du point pour un artiste peintre ?
Non. La valeur du point n’est pas une cote officielle ni un barème réglementé. C’est avant tout un outil permettant de construire une grille cohérente entre différents formats.
Lorsque l’artiste commence à disposer d’un historique de ventes suffisamment solide, cet historique devient généralement un meilleur repère qu’une valeur de point générique.
Comment fixer le prix de ses tableaux quand on n’a encore jamais vendu ?
Lorsque l’on débute, il faut forcément partir d’hypothèses.
Une première grille peut être construite à partir du format, de la technique, du parcours de l’artiste et surtout de quelques artistes réellement comparables.
L’objectif n’est pas de trouver immédiatement le prix parfait, mais un niveau raisonnable que l’on pourra ensuite confronter au marché.
Faut-il calculer le prix d’un tableau en fonction du nombre d’heures de travail ?
Le temps passé est important pour vérifier que votre activité reste économiquement viable, mais il ne suffit pas à déterminer le prix d’une œuvre.
Une peinture réalisée rapidement peut être excellente et très recherchée, tandis qu’une œuvre qui a demandé plusieurs semaines ne trouvera pas nécessairement un acheteur à un prix supérieur.
Quand faut-il augmenter le prix de ses œuvres ?
Une augmentation devient plus facile à justifier lorsque les ventes deviennent régulières, que des acheteurs reviennent ou que la demande commence à dépasser le nombre d’œuvres disponibles.
Il vaut généralement mieux faire évoluer ses prix progressivement plutôt que d’appliquer une hausse importante uniquement parce qu’une nouvelle année de carrière s’est écoulée.
Faut-il vendre une même œuvre au même prix sur son site, en galerie et sur une marketplace ?
Il est préférable de conserver un prix public cohérent.
Les commissions et les services fournis peuvent être très différents selon les canaux, mais afficher la même œuvre beaucoup moins cher en direct peut créer de l’incompréhension chez les acheteurs et compliquer la relation avec une galerie ou un autre intermédiaire.
Sources et méthodologie
La Calibration Khroma 2026 a été réalisée à partir de prix affichés sur plusieurs segments du marché de l’art : marchés ouverts, vente directe, salons avec sélection, plateformes spécialisées et galeries.
Ces observations ont été complétées par des recommandations professionnelles, institutionnelles et académiques sur la tarification des œuvres.
Les prix observés sont principalement des prix demandés et non nécessairement des prix de transaction. Les fourchettes publiées dans ce guide doivent donc être utilisées comme des repères de positionnement pour construire un prix de vente, et non comme une cote ou une estimation de la valeur de revente d’une œuvre.
Sources professionnelles et institutionnelles
University of the Arts London (UAL) — 5 steps to building a professional life for your art
College Art Association (CAA) — Professional Practices for Artists
Centre national des arts plastiques (CNAP) — Exposer et vendre en galerie
Relevés de marché utilisés dans la calibration
La calibration a notamment étudié des prix affichés sur Artsper, Rise Art/KAZoART, Singulart et Etsy, ainsi que différents salons et galeries.
Parmi les références et exemples utilisés :
Artsper — exemple d’une peinture de 73 × 60 cm autour de 1 200 €
Artsper — Conversation, Sophie Dumont, 73 × 60 cm à 4 300 €
Artsper — sélection de peintures contemporaines utilisée pour comparer les formats et niveaux de prix
Rise Art
Singulart
Etsy
Salon du Petit Format de la Villa Frouin 2026
Ces exemples ne constituent pas à eux seuls la calibration. Ils servent surtout à illustrer l’amplitude des prix observés selon les artistes, les parcours et les segments de marché.
Vendez votre art en ligne avec Khroma
Votre site d'artiste et votre place sur la marketplace
Découvrir →À lire aussi
Vendre ses œuvres en ligne : le guide complet pour les artistes
Après vingt ans et environ 3 700 œuvres vendues, je partage dans ce guide ce que j’ai appris pour vendre son art en ligne : fixer ses prix, choisir où vendre, trouver des acheteurs, présenter ses œuvres et les expédier.
Khroma ·
Khroma lance son blog
Khroma ouvre son blog : un nouvel espace consacré à l’art, aux artistes, au métier, à la vente, à la visibilité et à la collection.

